La blockchain est un terme devenu populaire grâce au Bitcoin. Mais avant d’être un mot, la blockchain est d’abord un concept et une technologie qui garantit transparence et sécurité des transferts d’information. Dès lors, une multitude d’applications devient possible.

Dans cet article vous allez découvrir :

  • Ce qu’est la blockchain
  • Son intérêt dans un scrutin, particulièrement en Afrique

Petite définition de la blockchain

De manière basique, la blockchain est en fait un ensemble de blocs reliés les uns aux autres à la manière d’une chaîne. C’est à partir de là que le mot « blockchain » ou « chaîne de blocs » a été adopté.

Mais puisque nous sommes dans une logique de vote, je vous propose de remplacer les blocs par des urnes. Pour que vous ayez une meilleure compréhension, nous allons prendre trois urnes. Ces urnes sont également reliées les unes aux autres car chacune contient un résumé de la précédente. Évidemment s’agissant de la blockchain, il n’y a pas d’urnes mais des fichiers appelés « blocs » reliés les uns aux autres.

Vous allez sûrement vous demander : « Mais à quoi ça sert de résumer ?». Et, vous aurez raison. En fait, résumer le contenu est important parce que la blockchain vérifie chaque fois l’historique des urnes précédentes avant de valider le moindre vote (transaction).

Mais comment résumer le contenu d’une urne (bloc) ?

C’est possible grâce au hash. Si vous êtes un aficionado du monde du logiciel ou un geek boutonneux 😀 , vous aviez sûrement croisé ce mot quelque part. En fait le hashage est une technique que les programmeurs utilisent pour transformer toute sorte de fichier en une suite de chiffre et de lettre, soit un nombre hexadécimal.

Voici un exemple de mots hashés :

Poule ➔ afe4d55bbc890867c57970ac06d4a4cc5bbb9f41

Poules ➔ 623227e487cf4dd652468f6db546a15bfd1a8c59

Là, vous voyez que le premier hash est totalement différent du second parce que j’ai tout simplement ajouté un « s » à la fin du mot « Poule ».

Maintenant essayons de hasher cet article par exemple, soit 1525 mots en tout.

Article (1525 mots) ➔ 56b07bd61dd3ee4cee931bccd5724e7a1ebb0d0b

Vous remarquez que la longueur du hash ne change pas, vous pouvez hasher toute une encyclopédie si vous voulez, cette longueur sera toujours la même.

Vous pouvez vous amuser à « hasher » n’importe quel texte en vous rendant sur ce site 😉

En attendant, je vous ai préparé une petite illustration, en image, de la blockchain dans un contexte électoral 🙂

Illustration de la blockchain

Ça reste un résumé, ce n’est pas le contenu de l’urne (bloc)!

Oui, le hash est en fait une sorte de numéro de série unique attribué à chaque urne. Il permet de vérifier l’authenticité de l’urne en question. Cela veut dire que si une personne subtilise un vote déjà validé, cette urne ne sera tout simplement pas reconnue. Et comme toutes les urnes contiennent un résumé (hash) de la précédente, il y aura donc une sorte d’effet domino dans toutes les autres urnes.

Qu’y a-t-il dans un bloc (urne) ?

Je vais encore illustrer par une urne. Dans cette dernière il y aura exactement 999 bulletins de vote. En fait, la taille d’un bloc dans une chaîne est de 999 Ko (Kilo octet), généralement on arrondit à 1 Mo(Mégaoctet).

Les premières informations stockées dans ce type de blocs étaient des transactions monétaires, car la première utilisation connue de la blockchain est celle effectuée par la cryptomonnaie Bitcoin. Mais en sortant du cadre financier, la blockchain permet l’échange d’autres types d’informations. Celles-ci dépendent du type d’application que l’on veut faire de cette technologie. Dans chaque bloc, ou urne pour notre exemple, on peut donc implémenter des contrats, des votes ou n’importe quel autre type d’information.

Le vote électronique existe déjà en Afrique, où est l’intérêt ?

Oui, le vote électronique existe depuis un certain nombre d’années, même s’il est loin de faire l’unanimité. On reste quand-même assez prudent sur son intégrité en brandissant la crainte de possibles piratages.

En plus, sur le continent, toutes les formes de scrutins sont régulièrement tâchées d’irrégularités. Ceci est dû au fait que tout le processus d’élaboration, de contrôle et de validation des résultats reste entre les mains du parti au pouvoir. Sur place, tout le monde sait que les Commissions Électorales ne sont pas si « indépendantes » que ça. On peut citer l’exemple récent du Kenya, qui est loin d’être un cas isolé.

En Afrique, après un peu plus de 20 ans de transition démocratique, on se demande si la généralisation des processus électoraux a contribué à une consolidation de la démocratie. On a aussi l’impression que le vote reste très dysfonctionnel, étant donné qu’il n’est qu’un masque permettant le maintien d’élites dont les discours changent, mais pas les pratiques.

À quoi pourrait servir la blockchain alors ?

La révolution qui sera apportée dans ce cas serait d’adosser le système du vote traditionnel à la blockchain. L’objectif ici, est de rendre le scrutin totalement indépendant, libre et transparent. Ceci est possible puisque la blockchain est un système décentralisé, c’est-à-dire qu’il n’est géré par aucun organisme, et dans ce cas par aucune commission électorale.

Je vous propose d’appeler ce nouveau processus électoral le « Votecoin » 😉 , car il fonctionnera comme le Bitcoin. Sauf qu’ici les transactions ne seront pas monétaires mais électorales. Chaque vote sera vérifié, validé et enregistré par l’ensemble des participants et même par de tierces personnes depuis leurs canapés. Comme avec le Bitcoin, il suffira de télécharger le logiciel sur votre ordinateur pour pouvoir constater la légitimité du moindre vote en temps réel.

Un autre point important, c’est la sécurité. La solidité de la blockchain face aux attaques informatiques n’est plus à démontrer car elle est un registre distribué. Si vous voulez le corrompre, alors il va falloir le faire sur toutes les machines. Ce qui reste très difficile. C’est comme si tout le monde disposait d’une copie authentique de chacune des urnes dans sa maison. Pour truquer un seul vote, il faudra le truquer sur l’ensemble des copies distribuées.

Mais comment superviser le vote s’il n’y a personne pour le faire ?

Ce vote sera géré par tout le monde, il n’y aura plus un appareil séparé du reste du peuple qui s’en occupera. Le dépouillement sera effectué par les électeurs ou tout autre personne qui le souhaite. Ces personnes seront payés au même titre que les mineurs du Bitcoin (ceux qui effectuent les calculs de vérification des blocs précédents de la chaîne : pour chaque calcul effectué, ils reçoivent une rémunération).

Avec cette technologie, toute l’intelligence du processus électoral se trouve dans un logiciel libre de droit que chacun peut consulter et améliorer. Donc vous l’avez compris, en Afrique, la décentralisation du système électoral via son adossement à la blockchain serait une avancée. Les processus électoraux actuels sont presque toujours entachés d’importants soupçons de fraude aboutissant très souvent à des violences post-électorales. Mais avec la blockchain, le bourrage d’urnes est impossible, de même que les scores soviétiques.

En Afrique, et pas seulement, beaucoup de personnes ne font plus confiance au système électoral traditionnel. C’est ce qui explique les taux d’abstentions records. Aussi, certains électeurs ne peuvent tout simplement pas se rendre aux différents bureaux de vote pour diverses raisons. La possibilité de voter en ligne rend donc l’exercice beaucoup plus accessible. Et la confiance des électeurs peut même être récupérée, puisque la blockchain permet à toute la communauté, et non à une seule entité, de valider les élections.

Personnellement, je pense que beaucoup de problèmes seront en grande partie résolus grâce à cette technologie. Plus besoin d’organiser, à coup de milliards, des élections pour des résultats qui n’en valent pas la peine.

Voilà, j’espère vous avoir fait découvrir de façon générale ce qu’est la blockchain et surtout les applications qu’elle rend possibles. Je sais que cet article est loin d’être complet, alors n’hésitez pas à me tenir au courant 😉

Ousmane

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